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L'origine de Jeunes Talents

Le « pourquoi » j'ai créé Jeunes Talents : permettre l'insertion professionnelle de jeunes musicien classiques de talent et pour cela mettre la musique classique à la portée de tous et en particulier de ceux qui en sont éloignés.

Un contexte difficile pour l'emploi

Mes filles jumelles ont terminé de bonnes études (Master ou DESS) en 1996, pourtant quand elles ont cherché un travail, l'une d'elles s'est entendu dire pendant deux ans « ce que vous avez fait comme études c'est très bien, mais revenez donc nous voir quand vous aurez deux ans d'expérience, on aura sûrement des choses intéressantes à vous proposer ». Je me suis dit que pour les jeunes ayant un niveau d'études plus modeste ou insuffisant la situation devait être terrible !

Moi qui ai commencé ma vie professionnelle, sans véritable formation, au début des années 70, à la fin des « trente glorieuses », époque où il suffisait de montrer le bout de son nez pour trouver un premier travail et où il était assez facile de trouver un bien meilleur salaire dès qu'on avait un peu d'expérience, de savoir-faire ou de volonté d'évoluer, j'ai trouvé que la société que nous léguions à nos enfants ne tournait pas comme elle le devait. Je ne pouvais pas grand chose pour mes filles mais...

L'idée

L'été 1997 et l'été 1998, j'ai passé une partie de mes vacances à Paris et, mélomane, j'ai cherché à entendre de la bonne musique classique. J'ai compris que, passé le 14 juillet, Paris devenait un désert pour la musique classique (sauf exceptions), ce qui m'amènera à y créer le festival en juillet 2001. Les seuls concerts que j'ai trouvés étaient des concerts à entrée libre donnés dans les chapelles des hôpitaux (Cochin-Port Royal, Salpétrière) par de jeunes et brillants musiciens.

J'ai vite compris que ces concerts étaient organisés soit par les musiciens eux-mêmes, soit par un jeune homme qui m'a tout de suite agacé.. Il n'y connaissait rien en musique, … moi-même si peu, mais... j'ai trouvé sa présentation des musiciennes « voyez ces jeunes filles, comme elles sont jeunes, comme elles sont jolies, comme elles sont mignonnes... » insupportable. Certes ces jeunes filles étaient…, etc... mais il me semblait qu'on n'était pas à la foire aux bestiaux et qu'elles avaient d'autres qualités à faire valoir en tant que musiciennes. Ma modestie légendaire m'a amené à penser que, si ce goujat pouvait faire ça, moi je devais pouvoir faire mieux.

Après une brève discussion avec ces trois jeunes filles, j'ai très vite décidé d'aider les jeunes musiciens.

Une crédibilité en tant qu'organisateur

Mes différentes expériences de gestion (théâtre amateur et PME à Bordeaux, grande banque à Paris) mon âge, mon habitude de porter un costume et une cravate, m'ont amené à penser qu'il serait plus facile pour moi que pour ces jeunes musiciens de demander la mise à disposition d'une chapelle d'hôpital public.

Une aide précieuse

Ceci d'autant qu'une de mes amies, Adeline pour respecter son anonymat, étant directrice à l'AP-HP et donc issue de l'ENSP de Rennes (l'ENA de la santé publique), bénéficiait à l'évidence du réseau qui lui permettrait de m'ouvrir les portes des hôpitaux.

Le projet a mûri assez vite. J'ai dû attendre le retour de vacances d'Adeline pour lui soumettre ce projet. Elle y a tout de suite adhéré, y voyant tout l'intérêt qu'il présentait pour l'AP-HP : les hôpitaux sont des lieux de souffrance, voire de mort, et je lui proposais d'y apporter la vie, la jeunesse et la beauté de la musique. Son enthousiasme fut aussi immédiat qu'opérationnel. Pendant les trois mois de préparation du premier concert, la création de Jeunes Talents a occupé très sérieusement son emploi du temps qui, heureusement, s'y prêtait du fait de ses fonctions ! Merci Adeline !

L'accueil bienveillant de l'AP-HP

Il faut savoir que la situation de ces chapelles d'hôpitaux est compliquée pour les directeurs. Les hôpitaux parisiens datent pour beaucoup des 18e ou 19e siècles, époques auxquelles la pression foncière n'était pas la même qu'aujourd'hui. En fait d'hôpitaux, il s'agissait de véritables villages dans lesquels, vues les pratiques religieuses de l'époque, on construisait des chapelles qui étaient en fait de véritables églises, aujourd'hui quasi désertées mais... toujours sous le régime concordataire de la Loi de 1905 ! Ce sont des lieux de culte au sens de la Loi et le curé affectataire décide seul des activités qui peuvent s'y dérouler. Pas question d'en faire de simples salles de réunion. Dans le même temps, pour veiller à la santé des quelques malades qui viennent s'y recueillir, les directeurs des hôpitaux sont tenus d'entretenir et de chauffer ces chapelles ! Une lourde charge pour un lieu bien peu utilisé.

La proposition d'organisation de concerts par Jeunes Talents a été très bien accueillie par plusieurs directeurs d'hôpital et au sein de la DG de l'AP-HP.

Démarrage à budget zéro

N'ayant pas de fortune personnelle ni, à cette époque, de mécène, la création de Jeunes Talents s'est faite à budget zéro ! Sans piano, les concerts n'étaient ni payants ni payés. Je passais le chapeau à la fin du concert et donnais le contenu (symbolique) aux musiciens qui, au moins, n'avaient pas eu le souci de l'organisation du concert et qui rencontraient ainsi un public, avant de rencontrer aussi un cachet à partir de 2001. Les premières années ont dû beaucoup à la volonté déterminée du directeur de l'hôpital de Corentin Celton (Yvan Pappadacci). Devant ma réticence à organiser des concerts dans un hôpital dans lequel de gros travaux démarraient, situé qui plus est au delà du périphérique...., il m'a demandé « qu'est-ce qu'il faut pour qu'il y ait des concerts Jeunes Talents à Corentin Celton ? » ma réponse a fusé : « un piano » ! Un peu osé pour une association tout nouvellement créée, mais pari gagnant. Un mois après l'hôpital accueillait un ½ queue Yamaha.

Par fidélité et malgré la terrible barrière du périphérique, Jeunes Talents est resté 5 ans à Corentin Celton, bien qu'avec une très faible fréquentation. Démarrage réussi, merci Yvan !

La spirale heureuse de la réussite

La suite de l'histoire est l'illustration de la réussite qui accompagne souvent les idées simples qui ont la chance d'arriver au bon moment au bon endroit :
Très vite, la demande de concert par les jeunes musiciens excède la capacité d'organisation de JT, malgré la limite d'âge (26 ans) et le niveau imposé (Master des CNSM). Pour faire face à la demande croissante des musiciens et de leurs professeurs, en 10 ans les concerts passeront de 70 à 150 par an !

Plusieurs étapes :

Demain

Reste maintenant le plus difficile : faire en sorte que cette belle aventure musicale et humaine perdure !
Merci à ceux et celles qui y contribueront par leur soutien, moral, financier ou opérationnel.

Laurent Bureau


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