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jeudi
13
FÉVRIER
2014
12:30

Adresse

Mairie du 9e arr. de Paris
Salle Rossini
6-8 rue Drouot
75009 Paris

SINAMI, première étude sur le Silence

Sinami

Présentation

Chorégraphie : Cosetta Graffione

Musique : Jean Rondeau
Interprétation : Cosetta Graffione et Jean Rondeau

http://sinamispectacle.blogspot.fr/

SILENCE : Emprunté au latin « Silentium » qui vient du sanskrit Si-NÂMI, « ce qui lie ».
Le Silence est l’élément fondamental qui lie les mots.
Le Silence est l’élément absolu et précieux pour pouvoir lier musique et danse.
Le Silence n’est ni bruit ni son absence mais la condition non dualistique de plénitude où tous les sons sont contenus.

« Nous souhaitons que la musique et la danse explorent et mettent en lumière les strates silencieuses qui constituent l’être humain.
Nous imaginons que le silence représente l’état sublime de la solitude de l’homme ; pour y parvenir il y a une surface à effleurer, à traverser par le corps et le piano.
Notre but est de créer un spectacle où chacun peut se reconnaître, où le public peut s’immerger totalement dans la beauté de la mélodie et du corps en mouvement. Nous avons imaginé ce spectacle comme un hymne à la sacralité de la communication « non verbale » en mettant en valeur, pour chacun de nous deux, nos interprétations « habitées par la passion ».

Pour Jean Rondeau et Cosetta Graffione, l’univers sensoriel du mouvement et de la musique s’imprègne de silence. Un silence nécessaire. Il est le seul véritable instrument d’écoute au travers duquel ces deux artistes décident d’échanger une partie de leur être. Silence pour ne pas tomber dans le besoin de raconter quelque chose, besoin qui pollue aujourd’hui la communication quotidienne et artistique. Silence comme source intime de souvenirs, racontant aussi ce qu’un homme et une femme ne peuvent se dire, ce que les paroles ne peuvent expliquer.

La musique de Jean Rondeau, qu’il fait respirer de façon personnelle et subtile, explore le silence et nous pose la question de savoir comment celui-ci s’exprime en un véritable son.
Les yeux fermés, ses mains s’approchent du clavier avec la délicatesse nécessaire pour pouvoir écouter sa propre respiration avant de remplir à nouveau l’espace de musique.
Entendre le son et puis vivre le silence qui l’encadre est contemplation.
Naît ensuite la danse, s’enracinant au cœur de cette contemplation musicale, rendant alors visible ce qui est invisible : le silence dans le corps qui se meut.
Cosetta Graffione utilise un langage qui veut redonner sa voix au silence, nous démontrant comment la danse rend palpable et vivante la valeur du silence qui réside entre les mots et les pensées.
Le musicien commence à créer un dialogue avec le silence qui soudain s’installe ; à partir d’une seule note, il ouvre le champ de la perception, pendant que la danseuse s’efforce de transposer la matière musicale en matière visible et silencieuse.
La danse devient une musique des yeux, elle obéit aux mêmes lois avec ses lignes, rythmes et harmonies.
Parfois c’est Jean qui donne au mouvement la clé privilégiée du silence, d’autres, c’est Cosetta qui affirme son corps comme instance de perception et de compréhension silencieuse de l’art. Qu’il s’agisse d’une note ou d’une séquence rythmique soutenue, on constate une adéquation parfaite entre le souffle de la chorégraphie et la musique. La danse réagit à l’impact rythmé comme s’il faisait partie d’elle-même, tel le prolongement d’un réflexe.


-PROCESSUS DE CRÉATION CHORÉGRAPHIQUE : COSETTA GRAFFIONE

Cosetta Graffione démontre qu’il y a des choses qui se disent avec des mots et d’autres uniquement par le mouvement. Pina Bausch disait : « Nous avons tous besoin de transmettre nos émotions par la parole ; il y a aussi des moments où l’on reste sans parole, complètement perdus et désorientés. On ne sait pas quoi faire. À ce moment, la danse commence, pour des motivations différentes que la vanité… Cela est la merveille de la danse : le corps est une réalité sans laquelle rien n’est possible, une réalité à traverser et ensuite à dépasser. »
Au début du projet avec Jean, cette phrase a été le moteur et la source d’inspiration pour envisager une chorégraphie qui puisse être manifestation d’une danse poétique, pure, fortement teintée d’expressionnisme.
L’intention de Cosetta n’est pas maintenant de réaliser ou montrer le silence qui n’existe pas mais plutôt de donner la possibilité au public de ressentir et vivre une expérience contemplative et poétique du silence. « En découvrant la musique de Jean j’ai ressenti un mélange de puissance et de sublime », dit-elle, « une musique dotée de la force d’évocation du non-dit. Elle résonne avec l’intime inavoué de mon corps ».
La chorégraphe poursuit son parcours personnel, après le travail chorégraphique « Les Mémoires de l’Eau », sur le désir inconscient des spectateurs et leur sublimation.
Dans son précédent solo, l’eau est l’élément que le public, inconsciemment, souhaitait s’approprier. Dans « Sinami », c’est le silence que Cosetta Graffione cherche à offrir, en imaginant une œuvre dense, vivante et profondément ouverte aux émotions du spectateur. Elle nous rappelle que rien en l’homme n’est local ni figé, car la vraie demeure de l’humanité est l’imagination.
Sa source d’inspiration a été l’artiste Anish Kapoor, artiste britannique qui se nourrit d’une réflexion psychanalytique et spirituelle. Pour lui, il n’y a pas de spectateur innocent ; la vision de l’art accompagne toujours une histoire personnelle vécue dans le présent ou le passé. Le spectateur participe à la fois avec son corps et sa mémoire et quand les deux parcourent, traversent une oeuvre d’art, quelque chose se passe, quelque chose change.
Pour la chorégraphe, la danse est aussi la rencontre privilégiée avec l’invisible; c’est l’infiniment petit qu’elle cherche à accomplir, une exploration de la sensibilité du féminin avec la puissance et le réalisme du masculin.
Cosetta Graffione souhaite que cet invisible devienne une chorégraphie intense qui se réalise au sein d’une parfaite harmonie entre silence et musique, une plénitude pour exprimer l’inexprimable.

-PROCESSUS DE CRÉATION MUSICALE : JEAN RONDEAU

Jean Rondeau, pourquoi faites-vous ce spectacle ?
« Quelque chose se passe, quelque chose change, disait Cosetta Graffione. Au travers de ce spectacle, j’aimerais pouvoir changer certaines choses, ou plutôt redonner un sens véritable à ces choses tant oubliées parfois aujourd’hui : l’art, le beau, l’esthétique, la véritable générosité, le don, l’humilité, bien trop mis à l’écart généralement dans la danse et la musique contemporaine au 21e siècle. Et pis, quand ce sont les deux en même temps. »

N’êtes-vous pas un peu exigeant, dur ?
« J’ai l’impression aujourd’hui que les spectacles autour de la danse contemporaine et la musique cherchent à déranger. En tout cas, pour mon histoire personnelle, c’est exactement ce qui se produit ! Je suis dérangé ! Je réagis, je ne reste pas indifférent et donc encore moins muet. On estime que l’évolution, le changement dans l’art réside dans l’innovation, mais on considère outre mesure l’innovation comme un carrefour uniquement d’idées où la beauté n’aurait pas de place. La seule chose qu’aujourd’hui j’ai envie de déranger, c’est ce dérangement-là, que l’on peut vivre au cours de spectacles de danse ou musique contemporaine. Cela ne veut pas dire que je souhaite avoir un public qui envisage des spectacles simples, avec des codes de composition facilement lisibles, « rassurants » ; le but n’est pas accorder la virtuosité technique du piano au service d’une recherche sur le silence... La musique que j’envisage pour « Sinami » doit être capable de bouleverser la perception du spectateur et en même temps, de laisser son imagination libre de choisir sa propre sensibilité, sans donner forcement une direction.»

Comment Cosetta Graffione et vous-même comptez y parvenir ?
En redonnant une véritable valeur à la danse et à la musique, arts qui le méritent tant ! Est-ce qu’on va y arriver avec Cosetta ? C’est de cette question que doit découler un travail humble et douloureux, une inspiration attentive et ouverte, une réalisation dans le don et l’écoute de soi et de l’autre… Libre à vous de vous laisser bercer dans le silence !

Propos recueillis par ASR, journaliste et écrivain culturel.

 

 

 

 

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