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samedi
18
MARS
2017
19:00

Adresse

Hôtel de Soubise
Archives nationales
60 rue des Francs Bourgeois
75003 Paris

Dialogue de sourds

Quatuor Confluence

Présentation

On imaginerait mal un muet prétendre faire un discours. Cela serait aussi impensable qu'un quatuor à cordes composé par un sourd...

Le 6 octobre 1802, le jeune Ludwig van Beethoven adresse à ses frères une lettre dans laquelle il se confie sur sa surdité naissante. « Il faut que vous sachiez que depuis 6 ans, je vis une tragédie, un mal affreux. Aggravé par des médecins incompétents qui m'entretiennent d'illusions. Un mal qui ne guérira peut-être jamais. » Un an auparavant, il termine enfin son premier recueil de quatuors à cordes : l'opus 18. Dans le 6e et dernier quatuor de cet opus, il abandonne l'usage et fait précéder son finale d'une déchirante introduction lente qu'il nomme La Malinconia. « Chaque note doit être interprétée avec la plus grande délicatesse » indique-t-il. A n'en pas douter, Beethoven évoque ici son bouleversement face à la manière dont le sort malmène ses espérances. Tout au long du finale de ce quatuor se glissent des résurgences de La Malinconia, comme une ultime interrogation sur son avenir. Avant les dernières mesures, on ignore qui, du désespoir ou de l'optimisme, finira par l'emporter... La réponse se trouve quelque part entre les lignes de sa lettre, lorsqu'il finit par se demander : « Comment quitter ce monde sans avoir accompli tout ce dont je me sentais chargé ? ».

120 ans plus tard, un autre génie, lui aussi devenu sourd, fait face à la même question. Nous sommes alors en 1923, et Gabriel Fauré pressent qu'il est au crépuscule de sa vie. Mais comme Beethoven, il ne peut se résoudre à quitter ce monde sans avoir exprimé tout ce qu'il porte en lui... Ainsi, il compose à 79 ans son premier quatuor à cordes qui sera aussi sa dernière œuvre.

Quant à la raison qui le pousse à attendre la fin de ses jours pour aborder ce genre, il évoque un génie du siècle passé dont il se sent peut-être proche par certains aspects : « C'est un genre que Beethoven a particulièrement illustré, ce qui fait que tous ceux qui ne sont pas Beethoven en ont la frousse... alors tu peux penser si j'ai peur à mon tour. Je n'en ai parlé à personne... ».

Programme

  • Ludwig van Beethoven (1770 – 1827)
    Quatuor en si bémol majeur, op. 18 n°6 | 1799 – 1800
    Allegro con brio
    Adagio, ma non troppo
    Scherzo (Allegro)
    La Malinconia (Adagio – Allegretto quasi Allegro – Adagio – Allegretto)
  • Entracte

  • Gabriel Fauré (1845 – 1924)
    Quatuor en mi mineur, op. 121 | 1923 – 1924
    Allegro moderato
    Andante
    Allegro